Quand un journaliste t’appelle.
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Ne fais jamais raconter ton histoire à ta place. Surtout pas par un journaliste.
Les médias ne sont pas là pour porter ta voix. Ils sont là pour vendre la leur. La visibilité, ça se paie et c’est rarement toi qui encaisses. Quand tu publies des livres sur le sabotage, l’antifascisme et l’anarchie, tu l’apprends vite. Une interview, ce n’est pas une discussion avec ton voisin par-dessus la clôture du jardin... C’est un terrain souvent déjà balisé, éclairé, parfois piégé. Tu y entres en territoire ennemi. Tout ce que tu diras pourra servir à te dessiner autrement. Pas tes idées : ton image. Et une fois que l’image existe, elle vit sa vie sans toi.
Avant de répondre à un journaliste, trois questions :
Suis-je la bonne personne pour parler de ça ? Souvent non. Quelqu’un d’autre est mieux placé, plus concerné, moins exposé...
À qui ça peut nuire ? Une phrase anodine sur un camarade, une date, un lieu, et c’est un dossier qui s’ouvre quelque part. Tout ce que tu dis peut servir contre toi, ou contre les autres.
Qu’est-ce que je viens chercher, concrètement ? Remplir une salle, d’accord. Briller dans un journal lu par des gens qui me détestent, aucun intérêt.
Le journaliste a un plan. Toi aussi. Alors, demande toi quelle histoire il a déjà écrite dans sa tête avant de décrocher. Les questions orientées, les « n’est-il pas vrai que », c’est de la pêche au gros. Il jette l’hameçon, tu mords, il tient sa phrase. Prépare deux ou trois choses simples, répète-les à voix haute, et reviens toujours dessus. On ne te citera que trois lignes de toute façon. Autant choisir lesquelles.
Protège les noms. Le tien, ceux des autres. Si tu prends un pseudo, prends-le pour de vrai, pas un demi-masque qui tombe au premier coup de fil insistant. Un détail suffit à recoudre une identité. Un détail, ça paraît rien. C’est tout.
Parle clair. Le journaliste en face te trouve suspect, c’est son métier de douter. Plus tu joues au mystérieux, plus tu cites des auteurs qu’il n’a pas lus, plus il te dessinera avec un spectre éloigné de qui tu es. Sois direct, sois concret, donne-lui de la matière vraie. Reste joignable aussi. S’il a une question le soir du bouclage et que tu ne réponds pas, il inventera la réponse tout seul, et elle ne sera pas en ta faveur.
N’attends rien.
Pour lui, tu es une curiosité entre deux sujets plus importants. Il imprimera le minimum et retournera à sa vie. Le savoir t’évite d’être déçu, et surtout d’en dire trop pour le séduire.
La caméra n’est pas ton amie. Au mieux, tu t’en sers une minute pour envoyer les gens vers ton asso, ton projet, tes idées, l’endroit où tu parles vraiment. Le reste du temps, ta voix passera ailleurs. De la main à la main.
Et si tu respectes toutes ces idées, il y a de fortes chances pour qu’une fois l’interview passée, tu ne sois jamais publié nulle part car tu n’auras pas « joué le jeu » des médias. Et c’est tant mieux.
Geoffrey